Le Chant de Montfort

Lecture bilingue (occitan médiéval/français moderne) du montage d’extraits de la Chanson de la Croisade Albigeoise autour du personnage de Simon de Montfort, de ses massacres et de sa mort providentielle aux portes de Toulouse en 1218. La lecture est accompagnée d’une musique originale et de la projection sur écran de reproductions des feuillets du manuscrit original (XIIIe siècle) illustrant les batailles.

Enjeux

Avec Le chant de Montfort nous donnons à voir un spectacle musical au carrefour de trois chemins culturels générateurs d’une fascination toujours croissante : le massacre des cathares, la poésie médiévale et la langue occitane.

A partir des vers originaux de La Chanson de la Croisade albigeoise, œuvre magistrale du XIIIe siècle occitan (voir ci-après), nous avons retranscrit la terrible histoire de Simon de Montfort, pourfendeur des cathares et impitoyable persécuteur des seigneurs du Languedoc, principalement, Raymond VI et Raymond VII de Toulouse. Nous avons choisi de mettre en œuvre les mots mêmes de cette œuvre monumentale afin de donner à voir, loin des caricatures trop souvent admises, un versant de la réalité du Moyen Âge occitan et de ses productions poétiques.

Nous proposons donc un voyage dans le temps des massacres de Simon de Montfort et dans le temps de leur mise en poésie. Simon de Montfort est encore aujourd’hui inscrit dans les mémoires comme un fou sanguinaire, un conquérant à la férocité sans égale. Cette image, au-delà de ses actions, il la doit avant tout au texte de La Chanson de la Croisade albigeoise qui malgré son excellence poétique demeure très peu connu pour sa puissance littéraire. En mettant en valeurs les merveilleux ressorts poétiques de ce texte, nous découvrons la volonté de donner au personnage de Simon de Montfort, l’envergure d’un personnage tragique, excitant terreur et pitié. Cette envergure, que nous avons soulignée par notre montage des extraits de La Chanson, loin de réhabiliter le personnage, nous emmène dans le labyrinthe de son esprit et la cruauté de son cœur, au centre de sa folie. Le personnage de Simon de Montfort est révoltant, son chant l’inscrit à jamais dans l’ignominie, pour un effet cathartique mais aussi pour un devoir de mémoire.

Musique

L’envergure poétique de La Chanson est largement portée par la musicalité de la langue originale du texte, l’occitan médiéval. En outre, comme le nom de l’œuvre l’indique les vers étaient chantés et par là-même accompagnés d’une musique, comme, du reste, c’était l’usage jusqu’à la fin du XIIIe siècle. La musique de La Chanson est aujourd’hui perdue et nous avons décidé que, si nous ne chanterions pas le texte, nous lui redonnerions une musique. Voulant aussi bien rendre justice à l’esprit de La Chanson que rehausser sa musicalité naturelle et singulièrement moderne, il nous est apparu évident que cette musique ne devait pas avoir une coloration médiévale mais contemporaine et qu’elle devait entrer pour moitié dans la réalisation de la lecture-spectacle. Il s’agit d’une musique originale qui contiendra également une part d’improvisation. Sans esthétique ni norme particulière, versant dans l’électroacoustique (percussions et saxophone), cette musique d’aujourd’hui fait entrer, de plain-pied, le texte médiéval dans l’espace de cette modernité qu’il contenait déjà en germe.

Le chant de Montfort, spectacle musical, transcende la langue et le temps pour nous confronter à l’horreur de l’histoire.